Les mairies

Depuis le XIIIe siècle le duc d’Aquitaine reconnaît l’existence de libertés municipales dans les principales villes du duché (comme Bordeaux, Bayonne, Bourg, Blaye, Saint-Émilion, La Réole etc.).

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Délibération des consuls d’Agen. Bibliothèque d’Agen, Livre des statuts et des coutumes de la ville d’Agen, ms 0042, folio 47, XIIIe siècle 

 

 

Des institutions comme le conseil des pairs, la jurade (ou les consuls), et la mairie apparaissent donc régulièrement dans les textes. Issus de l’oligarchie urbaine, les jurats et les pairs ont le droit de choisir en leur sein (élire) un maire en accord avec le roi-duc : celui-ci doit désigner le maire parmi les trois (parfois deux) candidats « élus » par la ville. C’est de cette façon qu’est nommé à la mairie de Bayonne Pey Duputs le 23 avril 1345. Le roi Édouard III (1327-1377) désigne ce dernier parmi les trois candidats « élus » par la jurade et la pairie (les deux autres étant Perramon Dardy et Arnaud de Bordeaux). Les raisons motivant ce choix sont exposées dans l’acte de nomination : le roi-duc s’est avant tout assuré de la réputation de Pey Duputs ainsi que de celle de son industrie (C61/57, 19, membrane 5, 48). Durant cette période de relative autonomie des institutions municipales le maire a une influence considérable sur les affaires de la cité dont il est l’émanation – ou tout au moins celle de la classe dominante. Il ne peut donc en aucun cas être qualifié d’officier du duché.

 

La situation évolue rapidement lorsque le 22 octobre 1261 le futur Édouard Ier – alors en charge du gouvernement de l’Aquitaine – profite d’un long conflit opposant les différentes factions bourgeoises de Bordeaux pour s’approprier le droit de nommer le maire de la ville. Le pouvoir du maire était auparavant si considérable qu’il avait provoqué des luttes d’ambition acharnées entre les familles les plus influentes de la capitale gasconne, notamment les Colomb et les Soler. Ces oppositions ont été si virulentes qu’elles ont abouti à des épisodes sanglants dont le plus fameux est celui de l’émeute du 28 juin 1249.
La remise en question des statuts de la commune de Bordeaux a des répercussions considérables dans le duché puisqu’elle rend vulnérables les institutions urbaines de toutes les villes de d'Aquitaine. À partir de 1261, les rois-ducs successifs usent ainsi régulièrement de la confiscation de la mairie à la fois comme sanction et comme moyen d’affirmation de leur autorité – c’est par exemple le cas à Bayonne, Dax, Saint-Émilion ou Libourne. Dès lors, le maire ne représente plus la population de la ville, ni même la classe bourgeoise, mais bien le pouvoir ducal. Cette évolution est particulièrement prononcée à Bordeaux où, après 1375, les maires sont exclusivement recrutés parmi les Anglais. 

Jadis élus pour une année, ils sont à présent nommés par le roi-duc ou le sénéchal de Gascogne pour une durée indéterminée, comme le chevalier Thomas de Swinburne qui occupe la charge de 1405 à 1412. Nommé le 13 mars 1405 (C61/110, 6, membrane 5, 13), ordre est donné aux jurats, aux prudhommes et à la communauté de la ville de Bordeaux d’assister ce dernier dans son office et de lui verser les mêmes gages que ses prédécesseurs (C61/110, 6, membrane 5, 14).
S’il devient le principal médiateur entre le roi d’Angleterre et la jurade, ses autres fonctions ne relèvent plus que de l’ostentation : il représente la Commune lors d’ambassades, de négociations ou de réceptions d’étrangers.

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Robert et Thomas Swinburne - Little Horkesley - Essex (Angleterre). Publié dans : Xavier Védère, “Les Swynburne, maires de Bordeaux”.
Revue Historique de Bordeaux, 1952, p 115