Fortifier et garder

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Représentation des remparts de Bordeaux au XIIIe siècle. Dessin à la plume de Léo Drouyn, XIXe siècle
  Prérogative régalienne, le droit de fortifier est strictement encadré par les agents du pouvoir ducal. Nul sujet du roi-duc ne peut prendre l’initiative d’élever murs ou tours sans la permission de ce dernier. Cette règlementation est rappelée dans un document daté du 22 avril 1344 accusant les gens de Labourd d’avoir conspiré avec les Français et érigé des fortifications illégales (notamment à Biarritz et près de Bayonne). Pour avoir trahi le roi-duc et usurpé ses pouvoirs, les responsables sont condamnés à être sanctionnés tandis que leurs constructions doivent être détruites (C 61/58, 18, membrane 7d, 68).

Dans sa stratégie de guerre contre les Français le roi-duc n’a pas privilégié l’érection de nouvelles fortifications, préférant s’appuyer sur la mobilité de ses troupes et un réseau de forteresses déjà existant dans lequel les villes ne jouent qu’un rôle secondaire. Parfois anciens, les murs imposants des principales cités du duché (Bordeaux, Bayonne, La Réole, Saint-Émilion etc.) représentent en effet moins une structure défensive qu’un moyen d’affirmation de la puissance bourgeoise. Car au Moyen Âge le prestige d’une ville – et donc de son suzerain – s’exprime avant tout dans l’espace au moyen de constructions monumentales en premier lieu desquelles se trouvent murs d’enceintes, tours et portes fortifiées. 

 

La garde des frontières – très fluctuantes – du duché d’Aquitaine est assurée par une série de places-fortes dont la majorité se situe dans les basses vallées de la Dordogne et de la Garonne. Châteaux ruraux ou urbains, le roi-duc y nomme des officiers gagés – lieutenants, capitaines et connétables – ou des châtelains vassaux chargés d’entretenir les lieux et une garnison à leurs propres frais. L’entretien des places-fortes apparaît comme un souci constant si bien qu’en décembre 1318 Édouard II (1307-1327) ordonne l’inspection et la réparation de l’ensemble des fortifications ducales (C61/32, 12, membrane 4, 366). Néanmoins, les conséquences de la guerre sur les finances royales sont telles que le roi-duc peine à payer les travaux, laissant parfois ses agents livrés à eux-mêmes à l’image de Bernat de Born, gardien du château de Saint-Macaire, réclamant en octobre 1318 le remboursement des frais qu’il avait avancé pour l’entretien de ce dernier (C61/32, 12, membrane 6d, 311).   
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La tour du Roy à Saint-Émilion, XIIIe siècle
 

 

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Remparts de Saint-Macaire, XIIIe-XIVe siècles 
 
  Les difficultés financières ont aussi un impact important sur le maintien de garnisons suffisantes dans le duché d’Aquitaine et, par sa position éminemment stratégique, seule celle de Fronsac (près de Libourne) fait l’objet d’une attention particulière. Censé prévenir toute offensive venant du nord, le « capitaine du château de Fronsac » apparaît dans les Rôles gascons comme un personnage important très régulièrement cité (quelques exemples : John de Neville en 1378, C61/91, 1, membrane 6, 87 ; Edward de Langley en 1402, C61/109, 3, membrane 11, 79 ; John Strangways en 1441, C61/131, 20, membrane 18, 29). Si le manque d’homme est un problème récurrent, la situation s’aggrave considérablement dans les dernières années de la guerre de Cent Ans, période durant laquelle les Anglais sont dépassés par la question aquitaine tandis que les Français s’engagent dans une guerre de siège. Entre octobre 1452 et juillet 1453, les garnisons soldées en Bordelais se révèlent ainsi dérisoires : celle de Bordeaux se chiffre à 40 hommes d’armes et 240 archers, de Saint-Macaire à 24 hommes d’armes et 160 archers, et de Langon à 10 hommes d’armes et 30 archers…