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HISTOIRE D’UNE DÉCOUVERTE
LE SITE DU MONT ALTESINA (PROVINCE DE ENNA, SICILE) ET SON TERRITOIRE : UNE ANALYSE DIACHRONIQUE PAR GIUSEPPE LABISI

 

 

 
fouilles Soprintendenza
la zone occupée à l'époque archaïque (fouilles Soprintendenza Enna)
 
 
epigraphie arabe 
L'épigraphie arabe (Labisi 2018)
 
 
 
 
Couvent S.Maria
La zone du couvent de S. Marie dell'Altesina (XVIe - XVIIe siècle)

Le site archéologique du Mont Altesina est situé à 12 km au sud-ouest de la ville de Nicosie (province d’Enna, Sicile) et est inclus dans l’homonyme Réserve naturelle orientée. Le site couvre une superficie d’environ 10 hectares et se développe autour du sommet de l’Altesina (1192 m), le plus haut sommet des monts Héréens. Le site a été occupé entre la fin du troisième et le début du deuxième millénaire, lorsque plusieurs tombes « à four » ont été construites sur les flancs abrupts du Mont Altesina, mais aussi sur des roches isolées dans la campagne. Les fouilles ont mis au jour une ceinture de fortification d’environ 20 m de long qui utilise le banc rocheux comme fondation et dont le murs sont bâtis en pierre sèche. Sur le plateau sommital se trouve un tombeau « à chambre » ; les fouilles ont mis au jour un vaste établissement qui occupait le plateau au sommet et sur les pentes, fermé par de puissantes fortifications construites avec une technique pseudo-isodomique, dont des sections ont été explorées le long du versant nord. Le matériel trouvé a été daté de l’âge archaïque à la période hellénistique1 . La découverte de fragments de têtes en terre cuite et de grands pithoi, louteria et oscilla circulaires a permis une attribution cultuelle pour cette dernière. Lors des fouilles de 2007, ont été conduits deux sondages, toujours dans la zone supérieure, où ont été mises au jour des structures dont le matériel associé peut être daté entre la fin du Ve et le début du IVe siècle avant J.-C., parmi lesquelles se trouvent des éléments conservés de décoration frontale en terre cuite2 , outre le fait qu’il a été mis en évidence le bâtiment avec un plan rectangulaire bâti avec des blocs disposés en appareil isodome3 . Peu d’informations peuvent être retracées pour les périodes suivantes, si ce n’est la découverte sporadique de matériel datant de la période byzantine. Dans la partie supérieure du site, on trouve une épigraphe en arabe au-dessus de l’entrée de la tombe « à chambre », datable par comparaison paléographique au milieu du IXe siècle ; pendant cette période, nous avons les informations, dans le Kitāb al-Bayān de Ibn ʿIdhārı̄, du conquérant ʿAbbās ibn al-Faḍl qui établit son armée pendant trois mois en 241/855-6 sur une montagne « inconquérable », très probablement le mont Altesina, afin d’assiéger Enna et son territoire : il est possible d’associer à ce contexte historique, selon toute probabilité, l’épigraphe arabe mentionnée ci-dessus, l’un des rares exemples épigraphiques encore in situ en dehors du contexte de la Sicile occidentale4 . Le site révèle également la présence à 600 m à l’ouest/sud-ouest du sommet de l’Altesina des vestiges du couvent de Santa Maria dell’Artesina, dont la première trace historique remonte à 1576 et dont les documents historiques sont disponibles jusque 16505 . Les différents vestiges archéologiques ont démontré que le complexe du Mont Altesina aurait subi plusieurs changements dans son utilisation : l’établissement archaïque et son sanctuaire ont été réutilisés et réadaptés entre l’époque médiévale et le XVIIe siècle.

Cependant, le site archéologique du Mont Altesina s’inscrit dans un contexte sous-régional plus large, puisque le Mont Altesina, le Mons Heraeus des sources classique, a eu une fonction centrale dans la division administrative des valli siciliens depuis l’époque médiévale6 ; le site fait orographiquement face à la falaise d’Enna, véritable centre géographique de la Sicile et établissement essentiel dans les relations territoriales entre les différentes parties de l’île, ainsi que lieu symbolique d’une « frontière osmotique », ainsi définie par Albanese Procelli7 . Le contexte archéologique territorial a également été enrichi par la grande quantité de données et de recherches menées au cours des dernières décennies dans la province d’Enna grâce à l’archéologie horizontale de surface et à l’archéologie verticale des fouilles stratigraphiques8 . Ces recherches ont montré comment le territoire d’Enna a été peuplé depuis l’Antiquité pour l’exploitation des ressources naturelles et pour sa position cruciale au sein du système routier de la Sicile, révélant ainsi la présence d’un paysage ancien très différent du stéréotype commun de « terre désolée »9 . Par ailleurs, en ce qui concerne la période islamique, les recherches archéologiques menées dans le territoire de Santa Ninfa, près de la Rocca di Cerere (Enna), ont également révélé une modification substantielle du peuplement résultant des changements historiques liés à la conquête islamique de la Sicile : Ici, en effet, la fonction cultuelle ininterrompue de l’époque grecque jusqu’à l’époque proto-byzantine trouve une rupture abrupte à la fin de l’époque byzantine ; à cette période sont liées les traces du processus de « incastellamento » en réponse au siège perpétué par ʿAbbās ibn al-Faḍl et dont il existe des traces, selon toute probabilité, sur le mont Altesina10 .

 

  
 Bibliographie  
 

[1]   C. Bonanno, “Frammenti di terrecotte architettoniche da monte Altesina - Nicosia (EN)”, in P. Lulof, C. Rescigno (a cura di), DeliciaeFictiles IV. Architectural Terracottas in Ancient Italy. Images of Gods, Monsters and Heroes, Oxford – Oakville 2009: 539-547.

[2]   Bonanno 2009, pp. 539-540.

[3]   Bonanno 2012.

[4]   G. Labisi, “The Mount Altesina Settlement (Sicily): Diachronic and Topographical Analysis (I)”, Journal of Ancient Topography XXVIII (2018): 159-168.

[5]   G. D’Urso, “Le vicende umane del Monte Altesina”, in S. Grimaldi, P. Pavone (a cura di), Riserva Naturale Orientata Monte Altesina.”Laboratorio didattico naturalistico”. Enna, Riposto 2010: 45-57.

[6]   V. Amico, Dizionario topografico della Sicilia (tradotto dal latino ed annotato da Gioacchino Dimarzo), vol. 1, Palermo, 1855: 108.

[7]   Albanese Procelli, Sicani, Siculi, Elimi. Forme di identità, modi di contatto e processi di trasformazione, Milano, 2003.

[8]   E. Giannitrapani – M. Pluciennick, “La seconda campagna di ricognizione (settembre 1997) del progetto “Archeologia del Torcicoda”, Sicilia Archeologica 96, 1998: 56-69; E. Giannitrapani – M. Pluciennick, Rock-shelter research in central Sicily, Antiquity 75 (287) 2001: 13-14; E. Giannitrapani – M. Pluciennick, “Il progetto “Archeologia nella valle del Torcicoda”. Relazione preliminare della Prima campagna di ricognizione”, in AA. VV. (a cura di), Atti del Primo Convegno Internazionale di Preistoria e Protostoria Siciliana. Corleone, 17- 20 luglio 1997, Corleone 2004: 89-113.

[9]   F. Valbruzzi, “Contributo all’archeologia dell’antica Henna e del territorio degli Erei”, Sicilia Antiqua, XI (2014): 501-514.

[10]   E. Giannitrapani – F. Valbruzzi, Contrada s. Ninfa – Rocca di Cerere (Enna). Relazione archeologica dei risultati della campagna di scavi 2008, Pisa 2015 (doi:10.13131/unipi.mappa.0000000006): 11-15.

 
 
     
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